L’IA va-t-elle mettre les concepteurs-rédacteurs à la rue ?

J’ai longtemps hésité avant de me lancer dans la rédaction de cet article.
Parce que j’avais envie de partager une expérience plutôt qu’une opinion… et se forger une expérience nécessite du temps.

Maintenant j’y suis, seul face à une page déjà plus très blanche, après avoir, au cours des derniers mois (NB > cet article date de début 2024) , travaillé avec Chat GPT puis avec Gemini (parfois les deux en parallèle) sur un certain nombre de projets de conception rédaction en Web et en print, autour de sujets variés.

Je pourrais vous demander de lire attentivement cet article jusqu’à la fin pour découvrir mon avis définitif sur la question, mais je ne suis pas ce genre de rédacteur.

Et surtout, je ne suis pas certain d’être en mesure de vous communiquer un avis définitif sur la question.

Juste un point d’étape.

Est-ce que l’AI est bluffante dans ses capacités à produire des textes qui ont du sens ? Oui.

J’ai été souvent – très – positivement impressionné par les résultats obtenus par ces algorithmes de génération de texte, qui ne sont pas humains, ne prétendent pas l’être et qui n’ont – a priori – pas de conscience. (Envie d’aller plus loin sur ce sujet ? Écoutez cet épisode de mon podcast)

Est-ce que l’IA pourrait me remplacer demain ? Oui et non.

Oui, dans le sens où l’automobile a pu remplacer l’hippomobile dès le début du XXème siècle car elle permettait d’aller plus vite, plus loin, plus efficacement.

Non, car si la carriole avait besoin d’un cocher, l’automobile nécessite (encore aujourd’hui) un conducteur.

Par contre, une chose est certaine : le cocher qui se serait arcbouté contre le progrès que représentait l’automobile en son temps aurait connu le même destin tragique que les adeptes du luddisme (avec 2 d), à savoir ceux qui – dans le sillage de John Ludd – pensaient que détruire les machines permettrait de préserver leurs emplois.

Ils y perdirent leurs emplois et leurs vies.

Les machines, elles, ont survécu et évolué.

Cet antagonisme entre homme et machine, entre IA et esprit humain, n’a d’ailleurs aucun sens. Sans humains pour créer ces machines, sans humains pour les utiliser, de tels produits de notre génie créatif n’auraient aucune utilité.

Donc oui : l’IA est bluffante, comme un outil performant peut l’être.

Mais ce n’est qu’un outil.

Si vous demandez à l’IA d’écrire des choses stupides, elle pourra peut-être corriger le tir dans une certaine mesure, mais le résultat restera médiocre.

L’IA génératrice de texte (je me contenterai d’évoquer celle-là) permet de gagner en temps, en efficacité, notamment pour la partie la plus fastidieuse du travail d’écriture en général – et de conception rédaction en particulier.

Toutes ces énumérations, tous ces passages obligés, ces moments ennuyeux où la créativité se limite à intervertir des mots, toutes ces marquises-vos-beaux-yeux-d-amour-mourir-me-font que nous avons pour obligation professionnelle de rédiger, qui épuisent l’esprit dans un travail répétitif de suppression des répétitions, dans la tâche ingrate du grammairien, bref dans tout ce qui ne relève ni de la créativité, ni de la pensée de fond, ni même – dans l’absolu – du style pur ; ce cheminement cahoteux et chaotique de transitions, de descriptions, de fonctionnalités, de caractéristiques techniques, esthétiques, tout ce que l’on n’aime pas écrire et que personne n’aime lire, mais que les clients veulent… Dans tout cela, l’IA excelle.

Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas d’opinion, pas d’état d’âme, pas de lassitude.

Chat GPT, c’est le super stagiaire de rêve, celui qu’on n’a jamais eu… et pour cause.

Celui qui aurait accepté de se remettre dix fois à la tâche, d’écrire, de décrire, de transformer la marquise en marquis, les beaux yeux en laids sourcils et l’amour en ennui…

Parce qu’il est temps de l’avouer : si l’outil est performant, il ne constitue pas un gain de temps en soi. Du moins pas pour le concepteur rédacteur consciencieux, celui qui prend le temps de rédiger un prompt de deux pages, de revenir sur chaque phrase, de traquer l’adverbe surnuméraire ou de supprimer l’adjectif inutile (Et là, en l’occurrence, Chat GPT adore faire dans le pompeux, là ou Gemini possède une structuration lexicale plus sobre).

On ne gagne pas de temps avec l’IA. C’est beaucoup mieux que ça : on gagne en efficacité.

Pourquoi ? Parce que les textes convenus sortent avec fluidité, dans le style choisi, exempts de répétitions, comme des diamants bruts qu’il s’agirait ensuite de ciseler.

Pour quoi ? Pour permettre au concepteur rédacteur de se concentrer sur sa véritable valeur ajoutée. La création de titres forts, d’accroches évocatrices, de conclusions brillantes, bref tout ce pour quoi nous sommes payés et qui représente désormais notre seule valeur ajoutée.

Oui : l’IA générative tuera sans doute les trissotins et les laborieux, les pisseurs de lignes que l’on a tous connus, en agence de pub ou ailleurs, ceux dont le seul talent consistait à sortir 10 pages de textes par jour.

Comme l’automobile a tué les cochers, comme le train à vapeur à fait mentir les pseudo scientifiques qui prétendaient que l’organisme humain ne serait pas en mesure de résister à une vitesse supérieure à 50 km/h.

L’IA ne fera rien non plus pour empêcher la dégringolade du QI de ceux qui, déjà, ne savent plus comment exprimer des concepts via des mots.

Et l’on admirera sans doute, dans quelques siècles, notre génération en ce qu’elle était encore capable de produire un article comme celui-ci… sans faire appel à une IA !

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